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Interdiction du bouton “like”: Protection de l’internaute ou dérive réglementaire ?

August 23, 2011

flickr_cc_by_afagenLa polémique allemande du week-end dernier nous est venue du centre de protection des données personnelles du Land de Schleswig-Holstein ULD (nord de l’Allemagne). On a appris par un communiqué de presse que le centre exigeait des opérateurs des sites Internet situés dans ce Land de supprimer de leurs sites les boutons Facebook “like”. Le centre annonce également que si d’ici septembre 2011, les sites n’ont pas supprimé les boutons “like”, le centre aura recours à la justice et les sites incriminés encourront une amende pouvant aller jusqu’à 50.000 euros. D’après le centre, de nombreuses applications Facebook vont à l’encontre des lois allemandes et européennes sur la protection des données personnelles puisque lorsqu’un internaute clique sur le bouton “like”, l’adresse IP est transmise à Facebook, ce qui lui permet de retracer l’historique de la visite et le temps passé sur le site. En ayant accès à ces informations, Facebook possède un profil de plus en plus fourni des internautes et des données à la base de la principale source de ses revenus, à savoir la publicité.

Sur le blog juridique Telemedicus, on peut lire que:

Les processus techniques ne se laissent plus analyser sans faire de l’acrobatie juridique. Et en même temps, la réalité du net est entièrement différente de l’idéal de la protection des données : presque chaque site web intègre d’une manière ou d’une autre des données externes. (traduction par vasistas?)

Pour un autre juriste allemand, Niko Härting, la suppression des boutons “like” est contraire à la constitution. Si les entreprises sont incitées à effacer des pages “fan” sur Facebook, cela violerait la liberté professionnelle (pdf). Sur netzpolitk.org, un blogueur craint que les actions de l’ULD aient surtout des conséquences négatives pour les blogueurs et internautes qui utilisent le bouton “like” sur leurs sites car ils risqueront une amende de 50.000 euros. Cela laisse l’impression désagréable que l’ULD s’en prend au petit blogueur au lieu de s’attaquer directement à Facebook.

Cependant, l’action de l’ULD a su attirer l’attention des médias et du public et pourra contribuer à ce que les hébergeurs des sites web fassent pression sur Facebook. Cela rappelle aussi que les lois concernant la protection des données sont obsolètes et très mal appliquées. C’est donc un signal fort qui tombe plutôt bien, puisque la directive européenne relative à la protection des données est justement en train d’être révisée par la Commission européenne.

Si bon nombre de personnes se réjouissent que l’Allemagne soit un pays régulièrement attentif à la protection des données personnelles et le prouve par les actes, d’autres mettent en avant les risques d’une dérive réglementaire. Ainsi, l’Allemagne a vu l’émergence d’un mouvement prônant exactement l’inverse de la protection des données, s’intitulant la « post-privacy » (post-confidentialité). Il existe depuis février 2011 un mouvement qui défend l’idée de post-confidentialité, nommé “Spackeria – Critique de la protection des données” (“Die datenschutzkritische Spackeria“). Dans une interview, publiée dans Der Spiegel, Julia Schramm, co-fondatrice du mouvement, explique que la vie privée n’est plus d’actualité. Le mouvement part du principe qu’il faut accepter que dans une société en réseau, la confidentialité sur Internet n’est pas possible et que l’on est condamné à perdre le contrôle de ses données personnelles. Le combat pour la protection des données semble futile puisque voué à l’échec. La Spackeria veut élargir les perspectives à ce sujet en initiant un débat sur la post-confidentialité. Le terme de post-confidentialité réfère à la fois à une description de fait, en rapport à la confidentialité et en même temps à une utopie, un idéal de société où il n’y a plus besoin de vie privée. Il ne s’agit pas de rejeter la vie privée mais plutôt de rejeter la protection qui en est fait. Julia Schramm estime que toute forme de régulation, même à des fins de protection des données personnelles des internautes, est une forme de violence d’Etat. La seule alternative possible est de surfer dans l’anonymat et de favoriser l’utilisation de systèmes de navigation anonyme sur Internet tel que le logiciel Tor et d’utiliser des pseudonymes.

Il reste donc à voir si finalement l’interdiction des boutons “like” s’avèrera contre-productive pour la cause comme certains le craignent – ou si l’ULD obtiendra le résultat espéré pour une meilleure considération et modernisation de la protection des données en Allemagne et en Europe.

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