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Journée mondiale du livre et du droit d’auteur 2010

April 23, 2010

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« Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient—le mot n’est pas trop vaste—au genre humain. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous“. Victor Hugo

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Nous ne voulons pas devenir le blog du „aujourd’hui est la journée mondiale du machin“, mais en l’occurrence le sujet est tout simplement passionnant.

L’UNESCO célèbre la journée mondiale du livre et du droit d’auteur le 23 avril, le jour qui marque la mort de Shakespeare et de Cervantes.

C’est presque à temps que le rapport sur le livre numérique à été remis par Christine Albanel, Mme Hadopi, ex-ministre et aujourd’hui responsable de contenus de France Télécom, au Premier Ministre. Ce rapport se veut une extension du dispositif Hadopi de lutte anti-piratage numérique pour le secteur du livre. Un petit changement : désormais, les grands méchants ne sont plus uniquement les utilisateurs, mais aussi les géants comme Google, Apple et Amazon. Les propositions que Christine Albanel a émis pour aider la filière dans l’univers des nouvelles technologies : TVA abaissée à 5,5%, une plateforme et prix unique du livre en ligne.

Le marché du livre ne semble pas non plus tirer les bonnes conséquences de l’expérience de l’industrie de la musique. Cette dernière aussi s’était imaginée pouvoir régner sur le marché digital et a ensuite été détrônée par une libre culture d’échange et de remixes.

Actuellement, les fichiers des lecteurs e-book comme le Kindle d’Amazon, sont protégés par des DRM (digital rights management), ce qui veut dire en français légal : des mesures techniques de protection. Les DRM ont pour but de restreindre la lecture à une zone géographique prévue, restreindre ou interdire la copie privée ou encore de verrouiller certaines fonctions de lecture. Ces dispositifs de gestion des droits numériques font en sorte que le consommateur de produit culturel digital rencontre aujourd’hui des obstacles qui n’existent même pas dans les pratiques concernant les livres imprimés alors qu’on pouvait espérer de l’ère numérique une facilité d’usage accrue.

Cory Doctorow, auteur de science fiction canadien, se prononce contre les DRM et pour des lois sur les droits d’auteur moins contraignantes : « Les systèmes d’octroi de licences numériques actuelles s’occupent surtout de détruire le lien entre les lecteurs et le livre ». Il publie ses œuvres sur le site craphound , les met à disposition gratuitement et rend ainsi des traductions par des fans possibles, vers des langues qui n’auraient pas valu la peine pour les éditions. En même temps, il vend toujours ses écrits en version imprimée et comme ebook.

Il est également très intéressant de noter que les ouvrages non-piratés (en version imprimée ou numérique) montrent une tendance des ventes à la baisse pendant que les ventes des ouvrages piratés connaissent une très forte hausse comme ont peut l’apprendre dans l’article « Comment le piratage fait vendre plus de livres » paru sur ActuaLitté, parlant d’une étude de Brian O’Leary, fondateur du conseil d’édition Magellan Media.

Lawrence Lessig explique dans la préface du livre Du bon usage de la piraterie : culture libre, sciences ouvertes de  Florent Latrive :

L’idée reçue commune à propos de la culture et de la connaissance n’a en fait rien à voir avec la propriété. Ce mouvement n’est pas réuni autour de l’idée que la propriété est mauvaise, ou que « la propriété, c’est le vol ». L’erreur provient plutôt d’une confusion sur la manière dont la culture et la connaissance sont protégées à travers la propriété. Aucun doute que le copyright (que l’on distingue du droit moral) puisse être acheté et vendu. Aucun doute qu’un brevet donne à son titulaire un droit exclusif d’utiliser l’invention découverte. Mais ces attributs de contrôle ont historiquement toujours été équilibrés par d’importantes limites. Nous protégeons l’expression par un droit exclusif avec le copyright, mais pas les idées. Nous protégeons ce droit pour un temps limité, mais pas à perpétuité. Nous protégeons ce droit contre certaines indignités, mais pas contre la critique ou les injures. Nous protégeons, certes, mais nous maintenons l’équilibre avec une valeur bien plus fondamentale de nos sociétés, avec la conviction que la connaissance et la culture doivent se disséminer le plus largement possible.

Dans l’épilogue de ce livre, qui est publié sous licence libre (creative commons) et qui peut donc être acheté ou consulté librement,  l’auteur affirme que

Il n’y a pas de société sans gratuité, il n’y a pas même de capitalisme sans gratuité, pas de commerce sans infrastructures publiques, sans lumière abondante, ni dévouement et don. Il n’y a pas non plus de création sans gratuité : aucune invention, aucune œuvre ne peut naître sans le terreau fertile du patrimoine culturel de l’humanité. Pour cette raison, étendre sans limites l’appropriation privée de l’immatériel est voué à l’échec : cette offensive se soldera soit par la dissolution complète du lien social et la stérilité économique généralisée, soit par des conflits toujours plus virulents entre les auto-proclamés propriétaires intellectuels et la gratuité anarchique. L’obstination absurde de l’industrie musicale face au développement de la copie numérique annonce bien les batailles à venir : criminalisation des usages individuels, affrontements stériles entre le public et les ayants droit, incertitude juridique et sociale pour tous.

Il est très probable que les livres ne disparaitront pas. Mais il est possible que les produits littéraires s’adaptent à d‘autres supports techniques que les lecteurs de livres électroniques, comme on peut le constater au Japon où les romans pour téléphones portables, les keitai shosetsu (comme par ex. Purple) connaissent un succès énorme. Mais peut-être qu’il y aura un développement comme l’a imaginé Markus Beckedahl, un des bloggeurs les plus connus en Allemagne, dans son article: L’avenir du livre est numérique (DE):

Cette technologie (lecteurs d’ebooks) sera peut-être bientôt dépassée par les Smartphones. Ceux-ci disposent d’un navigateur web et donc d’un canal de retour approprié : ainsi l’avenir du livre pourrait se dérouler beaucoup plus en réseau…Si je lis des livres sur des thématiques bien spécifiques cela m’intéresse de savoir qui d’autre lit ce livre. Et d’avoir un moyen de contact avec ces gens. Même en ce qui concerne les meilleurs ventes il est intéressant de communiquer avec d’autres personnes tout en lisant.

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